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28
mai

Les personnes aux besoins spécifiques continuent à souffrir au Maroc

Malgré l’amélioration relative constatée au Maroc en termes d’acquis sociétaux, certains points d’interrogation restent d’actualité, notamment, en Malgré l’amélioration relative constatée au Maroc en termes d’acquis sociétaux, certains points d’interrogation restent d’actualité, notamment, en ce qui concerne les personnes aux besoins spécifiques. Cette catégorie vit toutes sortes de souffrances qui s’amplifient quand ces personnes appartiennent à des catégories défavorisées ou marginalisées.

Le Maroc a rejoint le cercle des pays signataires de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées depuis le 30 mars 2007. Mais cette signature n’a pas été accompagnée d’actions réelles et concrètes pour la mettre en œuvre, surtout sur le plan économique (le droit au travail) et le plan social (accès et aides sociales), entraînant une rupture entre le texte et la réalité.

Le taux d’handicap au Maroc est de 6 ,8%, soit environ 2.264.672 personnes porteuses de handicap. Selon les résultats du deuxième recensement sur le handicap au Maroc (annoncés mardi 26 avril 2016 à Rabat), une famille sur quatre est concernée par le handicap, l’équivalent de 24,5%. Les régions du nord sont les plus touchées en termes de gravité du handicap. La région de Laâyoun arrive en tête de liste avec 13,4%, suivie par Ouadi Dhehab Kouira et Kalmim Oued Noun avec, respectivement, 1,6% et 1,7% pour les incapacités graves.

Omar est un enfant de 9 ans souffrant d’un handicap mental. Il rit sur tout et n’importe quoi et court tout le temps derrière les enfants de son âge qui refusent de jouer avec lui parce qu’il est mauvais en jeu. Il vit dans son propre monde, isolé du monde réel. Sa mère, qui travaille comme femme de ménage pour subvenir aux besoins de ses 3 enfants a affirmé qu’elle n’a jamais pensé à emmener Omar à l’école. « Il est idiot, il n’y apprendra rien et créera tellement de problèmes. En plus, aucune école ne l’acceptera. Il est destiné à rester emprisonné ainsi », a-t-elle expliqué.

Quant à Ali, le grand frère de Lobna qui souffre elle aussi d’un handicap mental, nous a raconté, les larmes aux yeux, son calvaire : « nous n’avons pas de ressources et le destin a voulu que Lobna soit née handicapée à vie. Vous n’avez aucune idée sur notre souffrance. Personne ne nous aide. J’ai quitté mon emploi pour rester avec Lobna parce qu’elle ne peut pas rester seule. Nous n’avons pas besoin de charité, mais d’une aide réelle et concrète de la part de l’Etat afin de garantir à Lobna ses droits ».

Mahmoud, lui, est âgé de 45 ans. « Je suis père de famille, mais je suis aujourd’hui sans emploi à cause de mon handicap. Je me déteste quand je vois mon fils quitter l’école pour travailler comme menuisier et ma femme travailler comme femme de ménage pour subvenir aux besoins de la famille. Je me sens inutile. Je suis handicapé et je ne peux que prier », a-t-il raconté.

De son côté, Mounir Khayrallah, membre de l’association « la voix de l’aveugle » chômeur, affirme que le Maroc n’accorde, hélas, pas d’importance aux personnes porteuses de handicap. « Le calvaire des chômeurs au Maroc en est la preuve, sachant que cette catégorie est privilégiée dans quelques pays étrangers », a-t-il dit, précisant que les handicapés ressentent cette marginalisation depuis leur jeune âge. « Les conditions nécessaires pour lutter contre le handicap et réussir sa vie sont totalement absentes », a-t-il ajouté.

Mariem, membre de l’association nationale des droits de handicaps, a indiqué que les personnes porteuses de handicap moteur trouvent des difficultés à s’intégrer, que ce soit à l’école ou au niveau de la société, en l’absence d’une stratégie claire de l’Etat pour leur accorder les machines d’aide à la marche et les chaises roulantes.

Concernant les personnes sourdes, elle affirme qu’ils se distinguent par leur cursus éducatif limité, en l’absence d’un collège pour les accueillir après qu’ils achèvent leur éducation primaire, entraînant chez eux plus de difficultés à s’intégrer. La formation en coiffure ou autre spécialité est plutôt modeste. Malgré leurs compétences et leurs capacités, ils ne sont pas encadrés, selon elle. L’Etat a laissé les associations affronter cette situation sous le couvert du partenariat avec la société civile.

De son côté, Halima, de l’université marocaine de handisport, nous a dit, par téléphone, que l’Etat fournit des efforts, mais qui restent insuffisants, estimant qu’il est impératif d’intégrer cette catégorie pour qu’elle soit active dans la société.

« Au niveau du sport, ils ont une énorme capacité et une réussite étonnante. Il faut leur accorder plus de soutien pour qu’ils se sentent comme partie intégrante du Maroc », a-t-elle ajoutée.

Il faut coordonner les efforts des personnes, familles, société, Etat et gouvernement pour accorder au dossier du handicap l’importance qu’il mérite, tant au niveau national qu’international. C’est ainsi que les talents cachés de personnes qui ont défié leur situation pour participer à la construction du pays, ne seront pas gaspillés.