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23
octobre

Souffrances des insuffisants rénaux en Mauritanie

En Mauritanie, depuis la ville de Naama, à l’extrémité est du pays, jusqu’à la ville de Roussou, à l’extrémité sud-ouest, se multiplient les appels au secours lancés par les personnes atteintes d’insuffisance rénale dont la plupart n’ont pas les moyens de se procurer les médicaments nécessaires à l’hémodialyse,

malgré les quelques services gratuits fournis par l’état aux patients dans les centres d’hémodialyse disponibles exclusivement dans les chefs lieux des gouvernorats.

Au service d’hémodialyse de l’hôpital Cheikh Zayed, dans le nord de Nouakchott, Aicha subit deux fois par semaine un protocole d’hémodialyse, ce qui l’oblige à s’installer durablement dans la capitale, loin de sa famille qui vit dans la province d’Etrrarza, là où, très souvent, les appareils d’hémodialyse connaissent des pannes qui mettent la vie des patients en danger.

Se confiant à Dunes Voices, Aicha dit que ses souffrances, ainsi que celles de plusieurs autres insuffisants rénaux comme elle, se sont approfondies depuis la hausse démesurée enregistrée par les prix des médicaments qu’on utilise en hémodialyse, comme les tubulures en métal ou en plastique et les cathéters jugulaires et fémoraux dont le prix a atteint les 45.000 ouguiyas, tandis que le tube équipé se vend à 150.000 ouguiyas, soit l’équivalent de 500 dollars américains.

Aicha s’étonne d’ailleurs de voir le Ministère de la Santé mauritanien dans l’incapacité de fournir le test PTH, nécessaire pour les malades et faisable uniquement dans les laboratoires privés contre 15.000 ouguiyas. Elle explique ce phénomène par la complicité des responsables avec des hommes d’affaires véreux qui prennent en otage, dit-elle, la vie des malades.

La situation d’Aicha est la même que celles de plusieurs dizaines d’insuffisants rénaux que nous avons rencontrés à l’Hôpital Central et à l’Hôpital de l’Amitié, dans l’ouest et dans le sud de Nouakchott. En effet, tout le monde est d’accord pour dire que l’état est responsable de la souffrance des personnes atteintes de cette maladie, ce qui a poussé beaucoup d’entre elles à demander de l’aide auprès des organisations humanitaires qui s’intéressent à cette population.

Om Al Moominine est une femme que nous avons rencontrée à l’Hôpital de l’Amitié. Atteinte d’insuffisance rénale, elle ne tarit pas d’éloges au sujet d’une association du nom « Le Comité du Salut et de la Bienfaisance » qui, tous les jours ou presque, se charge de distribuer gratuitement le médicament « Mimpra 30 » aux insuffisants rénaux.

Om Al Moominine nous explique encore que ledit Comité soutient sans relâche 950 personnes atteintes d’insuffisance rénale, pauvres pour la plupart, et se charge de leur procurer les appareils que les hôpitaux publics mettaient autrefois à leur service, avant de décider de s’en départir à cause de la corruption qui ronge le secteur de la santé publique.

Abderrahmane, qui a profité à son tour de l’aide fournie par le Comité de Bienfaisance, explique à Dunes Voices que la structure caritative a même convaincu certains laboratoires d’analyses médicales de baisser les prix des analyses pour les insuffisants rénaux.

La réalité difficile vécue par les victimes de cette maladie a poussé La Ligue Mauritanienne des Insuffisants Rénaux et des Hémodialysés à lancer un appel d’urgence au gouvernement mauritanien et aux organisations non gouvernementales pour qu’ils prennent en charge les médicaments nécessaires à l’hémodialyse, ainsi que les médicaments hypotenseurs et autres compléments habituellement achetés par les patients.

Dans son dernier rapport, la Ligue affirme que le nombre des insuffisants rénaux en Mauritanie est de 1750 personnes, dont 1186 malades chroniques devant subir le protocole d’hémodialyse à raison de trois séances hebdomadaires, de quatre heures chacune.

Selon le rapport de la Ligue, la maladie se propage à raison d’au moins 4 à 5 nouveaux cas par jours. Et il y est noté également qu’il n’existe pas de système de sécurité sociale qui assure une prise en charge totale du malade, de même qu’il n’existe aucune stratégie préventive, ni même un registre national actualisé permettant de consigner et d’enregistrer toutes les spécificités épidémiologiques de cette maladie.

Par ailleurs, la Ligue relève le fait que le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfant et de la Famille, qui est également responsable de cette catégorie de citoyens, n’offre qu’une aide symbolique qui ne dépasse pas les 40.000 ouguiyas annuelles, soit à peu-près 110 dollars. Cette somme est bien maigre pour les patients hémodialysés, déjà exsangues physiquement, psychologiquement et matériellement.

Pour sa part, le Docteur Sayed Mohamed Ouelt El Hadj, directeur de l’hôpital de Bourate, affirme que le fait que les habitants des zones rurales boivent des eaux polluées a contribué à propager l’insuffisance rénale, notamment dans les villages et les campagnes où l’eau potable vient très souvent à manquer.

Ouelt El Hadj explique encore à Dunes Voices qu’en plus des raisons déjà citées, l’absence d’une culture de suivi médical et de dépistage précoce du diabète et de l’hypertension artérielle a augmenté le nombre de cas d’insuffisance rénale parmi de nombreux Mauritaniens.

Attribuant la propagation de l’insuffisance rénale dans la société à l’absence d’une politique préventive destinée à contrecarrer ce mal qu’il qualifie de silencieux, Ouelt El Hadj met en garde contre le fait qu’il dévaste surtout les campagnes qui souffrent, en plus de l’absence de dépistage, d’un manque de médecins spécialistes et expérimentés. Ainsi, il n’est pas exclu, explique-t-il à Dunes Voices, que des milliers de personnes soient passées à une forme sévère d’insuffisance rénale faute d’avoir diagnostiqué la maladie plus tôt.

Les organisations de la société civile qui s’activent dans la lutte contre ce mal dévastateur qui ronge toutes les franges de la société mauritanienne revendiquent que soient organisées par le gouvernement des campagnes de dépistage systématique et que soit fondée une caisse sociale destinée à venir en aide aux structures impliquées dans cette lutte. Elles demandent également à ce que les personnes atteintes de la maladie s’organisent et soient encadrées de façon à les les aider à trouver du travail ou à exercer des activités pouvant leur rapporter des revenus qui les aident à combattre la pauvreté, la maladie et les difficultés de la vie.